La carte n’est pas le territoire



La carte n’est pas le territoire

 

 Rappelons le : l’enquête sociologique ne peut aisément appréhender, avec ses méthodes traditionnelles « ce qui se passe », « ce qui se dit » sur Internet. Les questionnaires on line, aussi interactifs soient-ils, sont soumis au cadre de la question et ne peuvent appréhender, traduire, les incidences ou les dynamiques que laissent les traces numériques textuelles et visuelles et qui, constituent ce que l'on nomme les conversations spontanées du web. La représentativité y est illusoire et conduit vers l’imposture méthodologique ou bien, à des résultats qui ne parlent que pour eux-mêmes. La traduction par cartographie des relations de liens entrants et sortants entre les acteurs du web est une première étape pour accéder à cette complexité d’internet. Elle reste descriptive et comme nous le savons, la carte n’est pas le territoire.

La cartographie, nous apporte un éclairage parce qu'elle rend « visible » l’espace relationnel de premier niveau et offre un accès à un premier décryptage des proximités ou des distances entre sites et entre groupes de sites. La proximité relationnelle des liens a son utilité. Mais décrire, traduire des liens entre sites n’est pas analyser.

Si nous en restons là, nous pouvons dire que ces cartes aident, celui qui s'en sert, à augmenter le nombre de liens sortants afin que d’autres, en retour, produisent des liens entrants (des liens d’autres sites venant vers le sien). Mais les tactiques de cette stratégie restent basiques : refusons de parler à certains types de sites afin de ne pas voir ses contenus rapprochés de ceux auxquels on s’oppose! Le positionnement dans la blogosphère resterait donc une affaire de liens et de stratégie de connexions.

Or, si nous repérons les liens hypertextes, reliant les sites, et, catégorisons à la main les réseaux affinitaires (pratique rédactionnelle comparable) des textes relevés nous pouvons construire de belles cartographies de la "gauchosphère" ou de la "droitsophère". La construction de ces cartes de liens éclaire une partie de la complexité du web. Face à l’extraction aveugle de données de moteur de veille, l’approche par cartographie des liens est un outil qui permet en effet une approche beaucoup plus raisonnée du web. Cette approche reste toutefois insuffisante. Pour quelles raisons ?

1) Parce que le système d’attraction et de répulsion animé par la force des liens hypertextes que les sites nouent entre eux est insuffisant pour évaluer un pouvoir d’influence. L’influence : c’est ce qui pèse sur une idée. Et le poids des liens entrants par un groupe affinitaire ne va pas augmenter l’influence de l’idée mais contribue à renforcer ceux qui y adhérent déjà.

2) Parce que cette lecture n’apporte rien à la bataille économique du référencement dans les résultats des moteurs de recherche : quels sont les mots clés stratégiques pour mener la bataille? Produire de la visibilité en augmentant le nombre de liens sortants afin que d’autres, en retour, produisent des liens entrants sur le site répond en partie à la bataille de l’audience mais elle reste insuffisante pour mener la bataille de l’influence du web.

Ne l’oublions pas : la guerre économique et politique du web est une guerre de puissance d’influence où les puissants sont sur le même pied que le simple internaute. La force de frappe des médias classiques (publicité) reste à leur disposition. Mais la force publicitaire n’agit ni dans le même tempo, ni dans le même but. Or ,les expressions des conversations sont,ensemble, un miroir grossissant de leur marque, de leur produits et de leurs projets. Un miroir, accessible à tous, et où se déploient des chaines d’associations d’idées à propos de leur projets et de leurs concurrents. C’est ces chaines d’associations de contenus en réseau, qu’Exvisu décrypte ainsi que les groupes d’auteurs qui lui sont associés. Sans à priori, sans catégorisation affinitaire à la main Exvisu cherche à questionner ce net, polyphonique, multiple, hétérogène qui "fabrique" ce  "ce qui s’y passe et s'y dit » , 
Josiane Versini fondatrice d'Exvisu  


 


Exvisu est partenaire du Club Jade.