Anonymat et pseudonymat


Maître Eolas est un blogueur réputé dont l’influence est réelle sur les débats d’opinions (nous le retrouvons régulièrement dans les analyses d’opinion que nous menons sur la blogosphère française). Il était interviewé ce jeudi 27 mai sur France Info pour réagir à la proposition de loi du Sénateur J-L. Masson qui souhaite que soit levé l’anonymat des blogueurs, donnant ainsi un accès public à leurs coordonnées personnelles.

L’argument de Maître Eolas pour s’opposer à cette proposition nous semble particulièrement intéressant : les blogueurs sont des individus qui s’expriment en tant qu’amateurs d’un sujet particulier, ils ne peuvent pas être interpellés autrement qu’en tant que tel.

Sur la blogosphère et sur internet en général, on confond souvent l’anonymat qui consiste à ne pas révéler son identité et le pseudonymat qui consiste à créer une identité alternative. Utiliser un pseudonyme pour communiquer c’est garantir au lecteur une certaine impartialité de lecture (on ignore qui écrit vraiment) et une certaine discrétion pour l’auteur (on ne peut pas l’interpeller ad nominem). D’une manière générale, ce type de communication permet un débat sur le fond sans référence aux identités propres des personnes qui s’expriment, autrement dit un débat d’autant plus démocratique que l’on n’attaque ou ne critique pas l’individu mais ses idées. Le pseudonymat n’est pas une innovation ou un nouveau risque d’internet, il existe depuis des centaines d’années dans la littérature et la politique.

Les usages qui sont faits d’internet remettent régulièrement en question nos habitudes de communication, d’information, de consommation. Le monde politique qui n’a pas d’échange suffisamment direct et interactif avec la blogosphère et les internautes se trouve souvent en difficulté pour traiter de comportements qu’il semble mal comprendre.

La question que pose la blogosphère n’est pas « Mais qui est ce Maître Eolas ? », mais plutôt : « Que dit-il ? ». La méthode d’analyse Exvisu se focalise sur les marqueurs sémantiques d’un débat (mots, expressions, tags, photos, vidéos, etc.) et permet de comprendre précisément ce qui se dit, s’échange, se critique.

En conclusion :

a) Sur la question des risques que pourrait représenter internet : soyons rassurés, l’identité d’un blogueur est connue de son hébergeur et la justice peut sans problème y avoir accès si le contenu de l’expression du blogueur portait atteinte à la sécurité du pays.

b) Sur la question de l’analyse de la blogosphère, il devient crucial de ne pas confondre l’étude des catégories sociologiques de la population et l’étude des débats d’opinion, des controverses scientifiques, des échanges courants.

Internet permet à tout le monde de s’exprimer tout le temps, vers n’importe quel public, sur n’importe quel sujet et cela entraîne chacun de nous à se dédouaner de ce qu’il est dans la vie courante pour exprimer ce qu’il pense personnellement. La ménagère de moins de cinquante ne parle pas et ne pense pas uniquement comme une ménagère de moins de cinquante ans…